Samedi, Avril 01, 2006

Lettres ouvertes à M. Bernard Deforge,directeur de l'UFR des Sciences Humaines

Le 29 mars, un courrier de M. Deforge, directeur de l'UFR de Sciences Humaines a été donné à la connaissance des étudiants. Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, le voici:

"Caen le 29/03/06

Chers collègues,



Nous sommes le mercredi 29 mars. Comme pour vous tous le mercredi 8 mars a été le dernier jour où j'ai pu exercer mon métier (enseignant) et ma fonction (directeur d'UFR). Depuis lors le bâtiment où nous exerçons notre métier et nos diverses fonctions est "bloqué" par des étudiants et quelques non-étudiants au nom de la lutte contre le CPE, sujet sans rapport aucun avec l'Université! Car enfin si tous les sujets qui peuvent angoisser les jeunes étaient du ressort des Universités et devaient aboutir à leur "blocage", celles-ci n'ouvriraient probablement plus jamais!



J'ai cru au fil de ces trois semaines que la raison allait l'emporter, mais d'échéance en échéance le "blocage" continue. Le référendum (22/3/06) qui a mis en évidence le souhait de la majorité des étudiants de pouvoir retourner à leurs études n'a eu aucun effet. Vous avez lu le dernier communiqué de la Présidence de l'Université décrivant l'insécurité des bâtiments, la position ferme du Conseil d'Administration de l'Université (25/3/06), relayée depuis lors par le collège des Directeurs d'UFR et d'Instituts (27/3/06), réclamant le "déblocage" des bâtiments. Mais rien n'y fait. La politisation du débat est à présent totale.



Nous arrivons en outre aujourd'hui à un moment au-delà duquel le temps d'étude perdu sera irrattrapable, quelles que soient les mesures que nous serons conduits à prendre après la réouverture effective et durable du bâtiment (telles que la prolongation des cours durant quatre semaines, idée qui semble prévaloir actuellement dans notre Université : les examens du second semestre auraient donc lieu, dans cette hypothèse, au mieux durant la première quinzaine de juillet!).



Bref, ces considérations m'ont conduit aujourd'hui à prendre en conscience ce que j'estime être mes responsabilités de Directeur de l'UFR (non sans en avoir délibéré avec mes deux collègues du Bureau de l'UFR), responsabilités dont chaque jour les courriels que vous m'adressez ainsi que ceux des étudiants me font mesurer à ma grande honte l'inefficacité et l'inanité; j'ai donc décidé, de guerre lasse, de recourir (sur mes deniers personnels) aux services d'un avocat spécialiste de droit public, de façon à engager toutes les procédures judiciaires et administratives conduisant à "faire cesser dans les plus brefs délais l'occupation sans titre des bâtiments universitaires". Cette démarche sera, je l'espère, le déclic qui arrêtera l'enlisement dans lequel notre communauté universitaire est entrée. Il n'y a aucune raison pour que l'enlisement politique national nous enlise nous-mêmes.



Je m'engage, une fois le Bâtiment Lettres "débloqué" et pleinement rendu à ses finalités (enseignement, recherche et administration), à réunir un Conseil d'UFR dans les délais légaux, dont l'ordre du jour sera la modification du calendrier universitaire et les diverses mesures à prendre pour une validation raisonnable du second semestre, mais dans cette attente je vous invite à réfléchir entre collègues des différents Départements et sous la houlette de vos Directeurs à ce qui vous paraît raisonnable et envisageable, les questions pédagogiques et de notations/évaluations étant et devant rester du ressort exclusif des enseignants-chercheurs et des Conseils élus. Je suis par ailleurs ouvert aux modalités (praticables) qui pourraient être mises en place pour que le débat sur le CPE et la précarité puisse continuer parallèlement à la reprise des cours, à condition bien sûr que ceux-ci n’en soient pas encore entravés.



En espérant des jours meilleurs, je vous prie d'agréer, chers collègues, mes cordiales pensées.



Bernard Deforge

Directeur de l'UFR des Sciences de l'Homme"

M. Deforge est parmi les seuls à soutenir une reprise rapide et effective des cours, ainsi qu'à agir personellement pour le déblocage de la situation.

Je vous propose donc de poster ici tous vos messages de soutien (et rien que les messages de soutien) afin de lui montrer que nous saluons son initiative. Ces messages lui seront par la suite envoyés par mail.

Merci à vous.


[Répondre]

Monsieur,

Nous sommes de nombreux étudiants, de Sciences Humaines et d'ailleurs, à avoir été très touchés par votre communiqué du mercredi 29 mars.

En effet, l'immobilisme de la Présidence et des pouvoirs publics, dont le champ lexical se limite aux mots "sécurité" et "attente" plutôt que "compréhension" et "action", est un mal pour tous, ne pouvant que contribuer à une radicalisation des opinions et des actions des étudiants des deux bords: ceux soutenant le blocage et les autres. Ce clivage fait de la peine à voir pour une grande majorité d'étudiants comme pour le personnel enseignant et administratif. Ce lieu d'instruction, de recherche et d'échanges qu'est notre faculté s'est transformé en forum politique, au grand dam de la majorité. L'impossibilité de circuler librement dans les couloirs, les tensions entre étudiants, l'absence sur les campus d'une grande partie des étudiants attendant chez eux la fin de la tempête, l'accès bloqué à la MRSH et à la bibliothèque du troisième étage du bâtiment Lettres, l'incertitude face à la reprise des cours et aux modalités d'examens contribuent à accentuer le malaise des étudiants de notre université.

Au nom de tous ceux qui se sont sentis abandonnés par un personnel silencieux ou favorable au blocage, votre lettre, qui respire la sagesse et la sincérité, nous a redonné confiance quant à l'attachement de la part de nos aînés et professeurs envers une jeunesse désireuse d'étudier et respectueuse des valeurs que sont la liberté, le respect et le travail.

Nous tenons donc à vous remercier pour vos mots et votre action, et vous faisons part de notre plus sincère soutien.

Cordialement.

Comment by Ingmar (04/01/2006 16:12)

[Répondre]

Cher Monsieur Deforge,

Permettez moi de saluer votre initiative courageuse, votre haut sens des responsabilités, qui redonnent à votre tâche d'enseignement ses armes de noblesses.

Je ne suis pas de ceux qui préconisent la violence pour reconquérir notre liberté d'étudier, mais l'usage immodéré que j'ai fais d'un argumentaire basé sur les notions de démocraties, de citoyenneté et de moral a été peu utile. La rage, la haine et la violence ont cimentés le bloquage des batiments, creusés le fossés entre étudiants, et je suis au regret de le dire, démolis la confiance que les étudiants travailleurs mettaient dans leurs professeurs.

Votre action ouvre une nouvelle perspective pour nous autres, étudiants enchainés et démunis. Et l'énergie que vous mettez dans les procédures visant au déblocage des batiments est communicative. Nous avons besoin du soutient de nos ainés, pour garder l'espoir que cette année ne sombrera pas définitivement.

Vous redonnez, par votre démarche, cet espoir qui se faisait si rare depuis quelques jours.

Très sincèrement,
Merci

Comment by Quentin (04/01/2006 20:05)

[Répondre]

Je n'aurai qu'un mot : merci de vous engager pour nous, merci de nous montrer que vous avez une conscience professionnelle.

Estelle, master lettres modernes

Comment by Estelle (04/02/2006 17:35)

Soutien [Répondre]

Monsieur,
J’apprécie sincèrement de voir qu’ENFIN un professeur nous soutient dans notre lutte pour réintégrer l’université. Je suis surprise de la passivité de tous. Dans les assemblées générales, certains professeurs perdent toute raison et s’enflamment avec démesure en faveur du blocage allant jusqu’à comparer la situation avec l’époque nazie. Les étudiants en faveur du blocage se sentent appuyés par certains professeurs ce qui légitime leur action.
La semaine dernière, voyant les semaines défiler et l’université toujours occupée, je suis allée voir la Présidente. Mais on m’a refusé de la rencontrer. Son immobilisme, me pousse à croire qu’elle est favorable au blocage. Elle a d’ailleurs affirmé qu’elle ne ferait rien tant que la sécurité des bâtiments n’était pas en jeu. Il faut croire que la sécurité est donc optimale. Or ce n’est pas ce que j’ai entendu… Bien qu’elle soit Présidente d’université, elle se soucie peu des études.
Plus les semaines passent et plus je m’inquiète (comme tous les étudiants soucieux de leurs études) pour les examens. Si les étudiants veulent manifester, ils peuvent le faire, mais sans empêcher les autres d’étudier.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, mon soutien sans réserve et celui de plusieurs étudiants en LEA.
Laure Auvray. (2ème année de LEA)

Comment by Laure Auvray (04/02/2006 18:02)

Soutien [Répondre]

Monsieur Deforge,

Par votre action, vous faites honneur aux corps enseignant qui s’est décrédibilisé durant ses trois semaines du aux comportements inqualifiables de certains professeurs. Je suis heureux de voir que vous aux moins vous vous souciez de nos études et ainsi de notre avenir.

Mais la question n’est pas seulement le problème des cours. Nous avons fait un référendum et une marche pacifique sans que celles-ci ne soient prises en compte. De plus le blocage aurait du se faire après un référendum gagné pour les bloqueurs, or il n’y a pas eu de référendum avant les blocages donc ils ont nié l’opinion des étudiants pour leur propre besoin idéologique.
Donc ce serait légitimer la voie de la force et de la violence que de laisser les bloqueurs continuer dans leur obstination. Ce sont nos principes de droit d’étudier, et de respect des opinions différentes donc de la liberté de penser qui ont été bafoué par ses actions de blocage. C’est donc avec soulagement que je lis ce qu’enfin nous attendions de la part de nos professeurs.

Enfin, la proposition de rattraper les cours en allongeant le calendrier universitaire me semble une très bonne idée et une manière de réconcilier bon nombre d’étudiant avec le corps enseignant.

Cordialement.

Comment by Débloqueur (04/02/2006 20:31)

soutien [Répondre]

parent d'un étudiant privé de son droit d'étudier, je tiens à vous remercier de votre action.j'espère que vos collègues auront l'intelligence de vous imiter afin que les jeunes puissent reprendre leurs cours et essayer de terminer cette année universitaire.

merci
fabienne

Comment by fabienne (04/03/2006 12:56)

Une lueur dans ce monde [Répondre]

Merci de votre action...enfin un peu de soutien !

Comment by étudiante (04/03/2006 13:43)

merci [Répondre]

Monsieur,
un grand merci à vous de vous souciez ouvertement pour vos étudiants... dommage que vous soyez l'un des seuls à émettre publiquement votre avis et intenter une action...
vous avez tout le soutien des étudiants qui veulent se voir reconnaitre leur droit d'étudier dans de bonnes conditions.
encore merci

Comment by étudiante anti-blocage (04/03/2006 17:49)

A M. Deforge, à propos de sa lettre [Répondre]

Cher Collègue,

J'apprécié votre courage mais je regrette votre solitude. Jadis, quand le préfet Mestre avait mis fin à une séquestration, nous nous étions retrouvés le lendemain à trois ou quatre doyens dans son antichambre pour le féliciter. Cette fois-ci, j'ai dû, pour entrer à Vissol lundi dernier, m'opposer à une "bloqueuse" qui se prévalait de sa qualité de directrice d'UFR. Mais quand je lis sur des affiches des "bloqueurs" qu'ils ont la bénédiction du tribunal administratif de Caen - ce même tribunal qui avait jugé qu'une séquestration n'était pas de nature à justifier une intervention des forces de l'ordre, et qui avait été suivi par le conseil d'Etat (18 juin 1975, M. Attali étant rapporteur)- je me dis que le préfet ne peut pas faire grand chose, sinon attendre que M. Sarkozy, qui a déclaré le 25 mars "Je ne peux tolérer que des facs et des lycées soient occupés par des minorités" arrive à convaincre le ministre de l'Intérieur. On nous suggère toutefois que si des incidents suffisants éclataient, on ferait quelque chose ; mais les "anti-bloqueurs" ne sont pas, eux, de ceux qui brûlent des livres. En attendant, vous maintenez au moins l'honneur de l'université, en sachant qu'on ne vous en saura aucun gré. Un grand merci !
Claude Roche, ancien directeur de l'UFR de Sciences

Comment by Claude Roche (04/03/2006 22:26)

Merci! [Répondre]

Merci de vous engager pour nous si seulement tous les professeurs étaient comme vous, ce serait formidable, malheureusement certains encouragent même les étudiants bloqueurs et grevistes à rester mobilisés et à empêcher les autres de travailler... Merci infiniment de vous investir à ce point pour nous!

Comment by encore une étudiante anti-blocage! (04/04/2006 13:11)

Bah... [Répondre]

Bernard Deforges est encarté à l'UMP.

Alors, volonté de reprendre les cours, ou volonté politique???

Comment by Personnel (04/06/2006 10:23)

[Répondre]

Tant qu'on raisonnera avec ce type d'argument (untel est à l'UMP! untel est syndiqué!), on n'arrivera pas à grand-chose. Une bonne fois pour toute: la majorité des bloqueurs et des anti-blocages ne sont pas partisans d'un parti ou d'un autre. Tous ceux qui veulent faire de la question du blocage une opposition entre groupes politiques annihilent toute possibilité de discussion.

Comment by k. (04/06/2006 11:58)

[Répondre]

Merci K. d'avoir répondu à ma place à cette intervention pathétique.

Comment by Ingmar (04/06/2006 14:56)

Hop [Répondre]

Salut Ingmar !!

Bravo Belle Victoire ! Sans ce Blog ... le déblocage n'aurait jamais eu lieu !

Quel combat !!

Face à qui .... ?

T'es vraiment plus malin que je ne le pensais :)

Comment by Guillaume ( le meilleur copain de Fatma ) (04/15/2006 02:46)

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